Nutrition

Pourquoi les applications de scan nutritionnel ne sont pas compatibles avec les repas complets ?

Feuilles
  • 29/05/2018
Noix de coco

Les applications de « scan nutritionnel » comme Yuka sont peu compatibles avec les repas complets. Même si l’initiative est honorable, plusieurs lacunes dans les algorithmes d’analyses rendent les conclusions de ces applications plus ou moins pertinentes.

 

1/ Tout d’abord, les applications basent leurs calculs sur les recommandations nutritionnelles journalières du Programme National Nutrition Santé (PNNS) qui établit les grandes lignes pour une alimentation équilibrée SUR LA JOURNÉE (somme des multiples composantes des 3 ou 4 repas de la journée). Ces recommandations sont donc difficilement confrontables, avec les propriétés nutritionnelles d’un aliment seul, car il ne constitue en aucun cas à lui seul l’alimentation d’une journée.

 

2/ De plus, l’application s’affranchit de toute notion de portion. Ainsi, 100g de pizza sont jugés de la même façon que 100g de crackers apéritifs. Or, une portion de pizza s’élève rapidement à 300g quand celle pour les crackers est 10 fois moindre. N’ayant absolument pas la même proportion dans un repas ou dans l’alimentation journalière, leur comparaison basée sur 100g de produit semble donc peu pertinente.

 

3/ Aussi, le jugement appliqué par ces applications se limite à une analyse de la déclaration nutritionnelle (ex : Glucides/100g, Sucres/100g). Il est pourtant connu et reconnu que la famille des glucides n’est pas homogène en qualité et que les performances nutritionnelles varient énormément selon leurs origines, les procédés de transformations industrielles appliqués, etc. On retrouve donc derrière la même dénomination de « glucides » des éléments plus ou moins bons pour la santé. À en croire ces applications, les galettes de maïs (ultra-transformées) bénéficient de la note maximale car « sans sucre » (Mangez-en tant que vous voulez !), alors que le caractère hyperglycémiant de cette catégorie de produits n’est plus à prouver. Intégrer la notion d’index ou de charge glycémique pourrait s’avérer être de bon sens. Il en va de même pour les matières grasses et les protéines.

 

4/ Qu’en est-il des repas complets (type Feed.) ? En tant que repas complets, il semble peu pertinent de juger les performances nutritionnelles de la même manière qu’un aliment unique. Pour rendre la comparaison légitime et scientifique, il faudrait analyser l’ensemble de tous les éléments d’un repas conventionnel (entrée, plat, accompagnements, dessert) et réaliser une note moyenne tenant compte de la proportion de chaque composante du repas. Analyser un repas en se basant sur les mêmes critères que pour un aliment isolé, de surcroît en s’affranchissant de toute notion de quantité et de qualité, est donc complètement biaisé.

 

5/ À propos des additifs, dans le cadre des repas en poudre, pour ceux qui sont non-bio (et qui n’ont pas l’intégralité des vitamines et minéraux fournis par les ingrédients « naturels »), il est nécessaire de rajouter des vitamines et minéraux sous forme de composés chimiques ou naturels (« additifs » dans les 2 cas). Tous ces « additifs » sont souvent décriés mais ils remplissent pourtant un rôle essentiel contre les déficiences en vitamines et minéraux. Ils sont, en effet, nécessaires à l’utilisation des macronutriments, à la production d’énergie ou encore à la détoxification de l’organisme. Ces éléments présents dans nos repas complets sont jugés de la même manière que n’importe quels autres additifs plus ou moins douteux par ces applications de scan nutritionnel. Ainsi, la liste des additifs s’allonge (à tort) et la note diminue. Il convient donc de séparer les additifs à intérêts nutritionnels des autres, ce qui n’est pas encore le cas avec ces applications. Aussi, l’interprétation de certains additifs comme les « arômes » se limite à ce mot, sans distinction aucune entre « arôme opaque », « arôme naturel » ou « arôme naturel de fruit » qui sont pourtant de qualités bien différentes.

 

En conclusion, les informations extraites de ces applications pour des aliments courants et isolés peuvent être des indicateurs rapides et ludiques. Elles sont cependant à prendre avec du recul et ne doivent pas faire oublier des notions importantes comme la taille des portions, la nature des ingrédients principaux ou le caractère transformé de l’aliment. Concernant les repas complets, les analyses restent non applicables aux vues des critères sélectionnés.